Vosges. Thermalisme : Plombières touchée mais pas coulée

La station de Plombières-les-Bains dans les Vosges a vu son activité thermale mise en liquidation judiciaire il y a quelques jours. Une page d’histoire millénaire se tourne pour une commune qui compte bien rebondir en réinventant un modèle autour de ses sources réputées.

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Jane-Laure Danan, directrice de l’Institut Européen du Thermalisme.
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« La plupart des habitants n’ont connu Plombières qu’avec son thermalisme ! »  Lydie Barbaux, la maire, résume bien le lien fort entre les thermes, la seule activité économique du secteur, et sa commune. Elle souligne aussi de façon pudique le traumatisme engendré par la décision de justice qui met fin à l’exploitation des thermes, pour des questions financières. Ici, le verdict était redouté mais il n’est pas une surprise. Dès l’année 2020, Calodaé, un centre balnéo-romain ouvert au grand public avait fermé ses portes. Depuis, la station thermale, avec ses immenses hôtels du XIXe siècle à l’abandon, n’était plus que l’ombre d’elle-même. L’an dernier, 830 curistes ont visité Plombières, la plupart pour quelques heures. Bien loin des années fastes qui voyaient jusqu’à 30 000 visiteurs passer chaque année.

Étude de repositionnement

Ce coup dur, Lydie Barbaux compte bien le transformer en coup de chance. « Cette difficulté, il faut en faire une opportunité. C’est sans doute pour nous le moment de se réinventer, explique la maire. Presque rien n’avait été fait depuis les gros travaux d’il y a 35 ans, et les choses ont changé depuis. Depuis la crise Covid, les citoyens abordent leur santé et leur bien-être d’une manière complètement différente. Les touristes “bien-être” ont des exigences plus importantes au niveau des infrastructures ou des logements. » Après l’annonce de la fin du thermalisme sous sa forme actuelle, la ville de Plombières, soutenue par l’État et la Région, a lancé une étude de repositionnement. « L’idée est de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et qui fonctionne, comme chez nos voisins suisses ou allemands. Il faut notamment élargir la partie bien-être et ne pas simplement compter que sur les cures thermales. En redynamisant l’activité touristique, la partie hôtelière suivra, car nous avons un patrimoine historique sans équivalent, dans un cadre naturel qui attire déjà des visiteurs. » Pas d’empressement du côté de l’élue qui a bien conscience qu’il ne faut pas rater ce virage. « De toute façon, depuis 2020 nous avons déjà entamé notre deuil, et les nouveaux commerces qui ont ouvert n’attendaient déjà plus rien du thermalisme. Il n’y a donc pas d’urgence. Je pense que si l’activité reprend d’ici cinq ans, ce serait très bien. »

L’eau la plus chaude de France

Ce qui n’empêche pas de se mettre au travail dans l’immédiat et d’explorer toutes les pistes, histoire de ne plus mettre tous les œufs dans le même panier. Parmi elle, celle de la géothermie est envisagée : « Nous avons non seulement des sources exploitées depuis l’antiquité, mais notre eau est une des plus chaudes de France, autour de 85 degrés. À tel point, que nous utilisions beaucoup d’eau froide pour la ramener à bonne température pour les thermes. Il faut trouver un système pour exploiter cette énergie calorifique de façon intelligente. »

Que ce soit avec un nouveau partenaire privé ou sous la forme d’une délégation de service public – rien n’est encore tranché – l’activité thermale à Plombières devrait donc renaître. « Le thermalisme, c’est l’ADN de Plombières, conclut Lydie Barbaux. Moi, je n’envisage pas qu’on mette la clé sous la porte et qu’on dise « stop ». Ce n’est pas possible. »